- Capitaine ! C’est horrible ! C’est affreux ! C’est terrible ! Oh mon dieu ! C’est… C’est… C’est au-delà des mots !
- Ils me semblaient pourtant assez éloquents…
- C’est Einstein !
- Encore ? Bon, qu’est ce qui s’est passé ?
- Vous savez qu’il travaillait sur un projet de traitement contre les radiations.
- Du tout, Thôt.
- Ah bon ? Mais c’est vous qui l’avez autorisé, pourtant.
-Et j’aurai fait ça quand ?
- Il y a trois mois. Quand le soldat Provencal est sorti dans l’espace pour… On ne sait pas trop bien pourquoi, mais il s’était retrouvé pris dans un vent solaire. Etrangement, il n’a rien eu, mais Einstein avait pensé que pouvoir se protéger contre les rayonnements des radiations pourrait être utile.
- Mais on sait déjà faire cela.
- Non, mais il voulait immuniser l’être humain aux radiations. Pas juste le protéger derrière une épaisse couche de métal.
- Et j’ai autorisé ça ?
- Vous avez soupiré, j’ai pris ça pour un oui.
- Et vous ne vous êtes pas dit qu’éventuellement c’était le simple fait que vous me parliez qui me faisait soupirer ?
- Quand un truc vous déplait, vous ne vous gênez jamais pour le dire. Et de manière des plus expressives, si je puis me permettre.
- Pour ce qu’il en est de mon autorité, permettez-vous. Elle n’est plus à ça près… Mais à mon avis je ne vous écoutais pas. La prochaine fois attendez que je vous dise oui, non ou merde. Et le dernier, veut aussi dire non. Mais un non agacé. Je précise au cas où…
- Reste que le projet a été accepté. Et que cela a mené à un terrible « accident ».
- Oui, c’est ce que votre arrivée m’avait fait supposer. Donc quoi ?
- Alors voilà, Einstein a commencé il y a deux mois à se fournir en matériaux radioactifs. Au début, en très petites quantités, puis il lui a fallu des quantités plus conséquentes. Lui a donc été livré une tête nucléaire. Il ne l’a pourtant pas utilisé tout de suite. D’après ses collègues, c’est à ce moment là qu’il a commencé à devenir un peu étrange.
- Einstein… Un peu étrange… Merci pour le scoop.
- Non, mais étrange même pour nos scientifiques. Il s’est mis purement et simplement à éviter tout le monde. Il ne sortait plus de son laboratoire, ne laissant même personne entrer. Pour une personne aimant autant la fête…
- Vous pouvez dire « pour un soulard comme lui ». C’est de notoriété publique. M’enfin, il est juste passé du stade d’alcoolique fêtard à celui d’alcoolique dépressif, c’est plutôt commun. Un petit passage chez les gars du service addiction et c’est réglé ce genre de truc.
- Mais il ne se faisait jamais livrer d’alcool !
- Ah merde. Ok, je vous l’accorde, c’était inquiétant.
- Et tout à l’heure, alors qu’il était en communication avec une de ses collègues, il y a eu un bruit de chahut, il a poussé un cri puis gardé le silence. La scientifique en question, j’ai oublié son nom, a appelé les secours qui sont allé défoncer la porte du laboratoire d’Einstein et ils l’ont retrouvé au sol, la gorge ouverte.
- Il est mort ?!
- Non. Ce n’est pas passé loin, mais non. On pense qu’il a voulu se suicider…
- En pleine communication avec une de ces collègues… Je vois le genre : « Oh mon dieu, ma collègue me parle encore de son mari qui l’a quittée ! Ça va prendre des heures ! Je préfère encore me suicider ! »
- Mais il était bizarre…
- Mais pourquoi se suicider en pleine conversation ? Qui ferait ça ? Désolé, mais ce n’est pas une tentative de suicide.
- Mais alors ce serait… un crime ?
- Si c’est le cas, ça ressemble au crime parfait. Porte scellée, pas de fenêtre… C’est un fantôme votre meurtrier.
- Mais alors quoi ?
- Allons lui demander, ce sera plus simple, non ?
Thôt et le Capitaine se dirigent vers la clinique. Ils y trouvent le docteur Einstein dans son lit, visiblement endormi.
- Infirmier, combien de temps avant son réveil ?
- Je peux vous le réveiller tout de suite. Il est sous sédatif pour qu’il n’attente pas à ses jours à nouveau.
- Encore cette histoire de suicide… Bref, réveillez-le…Le plus vite poss…
- Capitaine !
- La vache ! C’était rapide ! Vous vous sentez bien, docteur Einstein ?
- Ça va. Mais qu’est ce que je fais ici ?
- On vous a retrouvé, par terre. La tronche en sang.
- AH ! Je me souviens ! J’étais en train de refermer la tête nucléaire quand mon communicateur a sonné. C’était une amie à moi, le professeur Tanpei, enfin moi je l’appelle Maria parce qu’à la fac, un soir elle avait vomi sur une autre fille comme dans le film avec cette actrice qui fait des films comiques… Ah, j’ai oublié son nom ! Mais son personnage s’appelait Maria dans le film et s’était une fille coincée qui était dévergondée par son chien qui s’était mis à parler pour lui faire découvrir la vie quand un clochard à qui elle avait donné une pièce lui avait lancé un sort pour l’aider dans sa vie future, ce qui est un peu étrange, franchement pourquoi quelqu’un qui peut lancer des sorts serait clochard ? En plus elle ressemble un peu à l’actrice, sauf que l’actrice est asiatique, alors que le Tanpei est arabe…
- Excusez moi de vous interrompre, mais est ce que vous pourriez la boucler et passer à l’important ?
- Oui, pardonnez-moi, Capitaine ! C’est la nostalgie, vous savez. A l’époque…
- STOP !
- Bon voilà : quand le communicateur a sonné j’ai sursauté et j’ai fait tomber les billes d’uranium et de plutonium que je replaçais alors dans le noyau.
- Ah bravo…
- Ne soyez pas trop dur, Capitaine. J’ai essayé leurs combinaisons anti radiations et franchement on n’est vraiment pas à l’aise pour bouger.
- Mais je ne portais pas de combinaison.
- Pardon ? Vous ne devriez pas être mort ?
- Nan, mais si je rangeais, les billes c’est parce que j’avais fini mes expériences. Je suis totalement insensible aux radiations. Et c’est ce que j’allais expliquer à Mar… au professeur Tanpei, quand j’ai glissé sur les billes, fait tomber ma tasse qui s’est brisée avant de finalement profiter de la chute de mon corps pour venir se planter dans ma gorge…
- En gros, vous êtes tombé comme une grosse bouse.
- En gros… oui.
- Et vous n’avez pas l’impression que quelque chose pose problème ?
- Justement, maintenant que vous en parlez. J’ai arrêté de boire, justement pour éviter des problèmes : la dernière fois, j’étudiais une plante à la con et j’étais tellement plein que je l’avais avalée par erreur, je me suis retrouvé avec une haleine senteur champignon moisi pendant trois semaines ! Et je me suis dit que si j’avalais des billes métalliques et radioactives, ça pourrait aussi être problématique…
- Non. Je parle bien des billes mais surtout du fait qu’elles sont hautement radioactives…
- Oh, mon dieu !
- Thôt au moins a compris.
- Non, mais je crois que je vois où vous voulez en venir. C’est parce que des gens ont du y être exposés. C’est pour ça que j’avais scellé ma porte…
- Mais comme vous vous êtes ouvert la gorge avec une tasse, il a fallu l’ouvrir en urgence. En même temps, qui aurait pensé que vous viviez au milieu de matériaux radioactifs… Ça se range d’habitude ces saletés. Bref, Thôt convoquez toutes les personnes qui ont approchées son laboratoire en urgence.
- Vous pensez qu’on peut les sauver ?
- Moi, je peux… Enfin, s’ils sont encore en vie. Parce que vu la radioactivité des billes, ce n’est pas gagné…
- Super, au moins vous pouvez réparer… Bon Thôt magnez-vous. Je m’occupe du laboratoire.
Au final, personne ne succomba des suites de ces radiations, le docteur Einstein ayant bien mené ses recherches malgré sa maladresse. Une fois la situation calmée, le Capitaine convoqua ce dernier.
- Dites-moi, docteur… Est-ce que vous êtes le descendant du célèbre physicien ?
- Je me suis engagé sur cette voie, parce que je le croyais. Mais en fait, non. Aucun lien ; mon arrière-arrière grand père s’appelait Hassol. Forcément quand tout le monde comprend l’anglais, ça fait tache. Mais il est devenu riche et il a décidé de prendre un nom qui avait de la classe. Il croyait qu’Einstein était un banquier, parce que son nom avait une consonance juive. Et donc il a choisi de se nommer Einstein. Parce que c’est son métier de banquier qui lui avait permis de changer son nom.
- Ah…
- Oui. C’était un gros con mon aïeul.
Mots-clefs : 17eme voyage, Einstein ; comme le banquier., scubea, Super SpaceShip Adventures