Les Alimiturvinietiens sont les maîtres de la Voie Lactée. De ceci, toutes les races, tous les peuples maitrisant le voyage interstellaire sont au courant. Nul ne semble savoir quand leur règne a commencé. Nul ne connait les limites de leur savoir. A la fois extrêmement présents dans l’univers tout en étant un mystère quasi-total pour tout le monde, les Alimiturvinietiens le sont surtout pour les personnes les côtoyant régulièrement. Mais cela sera bien assez clair par la suite ! Se déroule ici, une audience pour tenter de résoudre « la crise » qui secoue les races humaine et cistudienne. Elle est présidée par les Alimiturvinietiens, les petits gris comme ils sont parfois surnommés plutôt logiquement, étant donné qu’ils sont petits et gris. Notons que le premier contact avéré entre humains et Alimiturvinietiens eu lieu à Roswell en 2147 dans des conditions… particulières. Mais nous y reviendrons.
L’ambiance était tendue. Du côté cistudien, après la défaite monumentale qui leur avait été infligée trois jours auparavant, c’était compréhensible. Mais les humains étaient tout aussi tendus. Et Thôt ne comprenait vraiment pas leur stress. Mais alors pas du tout.
- Je ne comprends vraiment pas votre stress. Mais alors pas du tout.
- Vous comprendrez bientôt.
- Que le Capitaine soit tendu, je peux le comprendre, les enjeux sont importants. Mais Commandant vous êtes un habitué de ce genre de choses !
- C’est différent Thôt. On a affaire aux Alimiturvinietiens. Vous ne savez pas…
- Oui, Thôt, le Commandant a raison. Vous ne savez pas… C’est… Enfin, vous verrez par vous-même.
- Mais les Alimiturvinietiens ne sont pourtant pas si terribles… On peut même considérer que vu notre statut particulier nous sommes même extrêmement bien traités !
- Vous comprendrez, Thôt. Vous comprendrez.
Entrèrent alors les Alimiturvinietiens du haut de leur mètre vingt, de leur gros crâne oblong, de leur grand yeux noirs et nus comme des vers, comme à leur habitude. Quand on est asexué, la pudeur est une notion tout à fait absurde. Thôt, sentit son cœur se serrer à leur entrée, il côtoyait des légendes ! Les maitres absolus de l’univers ! Les plus grands scientifiques de l’époque ! Les plus fins politiciens de la galaxie ! Ils s’installèrent sur l’estrade, en face des représentants des deux races, l’air sévère. Et l’un d’entre eux, calme et serein lança d’une voix claire et dans un parfait langage interstellaire :
- J’aimerais que nous terminions rapidement avec cette histoire. Nous avons des choses plus importantes à traiter que vos broutilles. Personnellement je me fiche de vos morts. Je me fiche de vos inimitiés. Et selon toute probabilité, les autres aussi. Les autres ?
- Personnellement, je m’en moque.
- Moi aussi.
- Je ne pourrais nier que j’ai plus d’intérêt pour la philosophie humaine que pour cette histoire. Et je n’ai cure de la philosophie primitive de l’humanité.
- Moi je veux juste rentrer chez moi.
- Vous voyez ? On s’en fout. Quelque chose à y redire ?
Thôt tout à sa sidération avait lentement commencé à baisser la tête depuis les premières paroles et n’osait pas regarder son Capitaine. En effet, il comprenait. Quels êtres abjects ! C’était ça les maitres de la galaxie ? Mieux valait encore être livré à soi-mêm… Mais Thôt sentit que l’ambiance avait changé. Il leva la tête pour voir l’Alimiturvinietien qui avait pris la parole se rapprocher lentement de son bureau, l’air sévère avant de toner :
- JE VOUS AI BIEN EU !! MWAHAHAHAHA !!!!
La majorité de la salle éclata elle aussi de rire, les cinq Alimiturvinietiens étant littéralement écroulés de rire sur leur bureau. Thôt avait remarqué qu’il n’était pas le seul à ne pas avoir ri. Dans la salle quelques personnes avaient la même incompréhension crétine figée comme seule expression faciale et à n’en pas douter, c’était la raison pour laquelle les non-Alimiturvinietiens riaient, trop heureux de la farce grossière qu’ils venaient d’imposer à leurs collègues.
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C’est en 2147 que fut recensé le premier contact entre l’homme – qui balbutiait alors dans sa découverte de l’espace malgré sa découverte des réacteurs hyperspatiaux – et les Alimiturvinietiens. Cette rencontre eu lieu à Roswell, pour le bicentenaire du fameux crash. Durant l’ouverture de la cérémonie, leur vaisseau vint simplement se poser à côté du parterre de journalistes, d’intervenants, d’ufologues convaincus ou opportunistes et de badauds. En sortirent alors trois Alimiturvinietiens à l’allure grave, correspondant tout à fait à l’image que l’espèce humaine avait des extraterrestres, qui se dirigèrent vers le président de la coalition mondiale d’un pas assuré pour lui réclamer de manière tout aussi assurée la libération d’un des leur qui s’était écrasé non loin de là, deux siècles auparavant. La foule n’entendit pas la conversation, mais parmi les conseillers du président nul n’ignorait que le crash de Roswell n’était qu’un mythe dont il avait été prouvé sans l’ombre d’un doute qu’il n’était qu’une vaste affabulation d’une lointaine époque arriérée. Mais voilà que devant eux se présentaient des extraterrestres qui réclamaient un des leurs… Comment pourraient-ils bien affirmer ne rien savoir de l’affaire quand il étaient tous rassemblés là en souvenir de cet évènement et que nombre des touristes portaient sur leur T-Shirt des animations de petits gris, ressemblant trait pour trait aux petits hommes gris qui se tenaient devant eux, l’air sévère.
Le président mondial, qui les avaient invités à parler de cela en petit comité cherchait en réalité à gagner du temps, se demandant si l’armée n’avait pas finalement eu l’outrecuidance de conserver en captivité un extraterrestre, ou de l’autopsier dans le pire des cas. L’hypothèse lui semblait totalement farfelue, mais les trois personnages se trouvant dans le vaisseau les suivant ne seraient surement pas du même avis. Mais quand vint le moment de s’entretenir avec ces visiteurs impromptus, il n’avait aucune nouvelle information sur un extraterrestre retenu contre son gré quelque part dans le monde, il décida donc de jouer franc jeu, en espérant réussir à convaincre ses interlocuteurs. Il se lança donc dans une plaidoirie désespérée soutenu psychologiquement par ses conseillers et les plus grands généraux de l’armée terrestre. Quand il eut fini, c’est le souffle court, en nage et totalement paniqué qu’il vit l’un des trois invité d’office poser ses mains sur la table et éclater de rire accompagné de ses pairs dans son hilarité. Les humains restaient pantois, ne sachant qu’elle attitude adopter, totalement désarçonnés. Ils se contèrent donc de ricaner totalement gênés par l’incongruité de la situation. Les Alimiturvinietiens finirent par se calmer et expliquèrent, à leur manière, qu’ils avaient monté cette blague après la découverte de l’affaire Roswell et de la fascination des humains pour les « soucoupes volantes ». Ils avaient donc construits quelques vaisseaux ressemblant à des soucoupes et s’étaient montrés volontairement à des humains de telle sorte que lors de leur arrivée sur terre, quand celle-ci aurait appris le voyage interstellaire, ils puissent faire cette blague qu’il avaient entretenus durant deux siècles, grâce notamment à Internet qui avait permis de lancer des rumeurs sans avoir à se montrer directement à des humains qui avaient quittés leur ignorance et qui auraient pu réfléchir sur le sens de ses apparitions pour le moins surprenantes de la part d’une espèce capable de voyager sur des milliards d’années lumières… Et ils ne regrettaient apparemment vraiment pas tous ces efforts. Voilà l’histoire du premier contact entre l’Homme et l’Alimiturvinietien. Elle ne fut relatée dans les livres d’histoire qu’après le passage d’un certain Abou Thôt au poste de responsable de l’éducation, mais avec certaines limites de diffusion, les Alimiturvinietiens tenant à garder l’effet de surprise que leurs blagues provoquaient.
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Mais les Alimiturvinietiens n’étaient pour autant pas avare en humour une fois ce penchant révélé…
- L’entrée en matière de cette audition est pour le moins satisfaisante…
- Euphorisante, plutôt, non ?
- Je ne vois aucun aphorisme là dedans !
Et la salle ; et les Alimiturvinietiens de partir dans un rire sonore simulé d’une part ; totalement enjoué de l’autre.
- Mais passons aux choses sérieuses ! Vous êtes là pour vendre… quoi ?
Et la salle ; et les Alimiturvinietiens de partir de nouveau dans un rire sonore encore plus simulé d’une part ; incroyablement enjouée de l’autre.
- Mais non, voyons ! Ils sont là pour la guerre !
- Quoi ? Ils veulent nous déclarer la guerre ? Vous voulez nous déclarer la guerre ?
Et la salle ; et les Alimiturvinietiens de partir dans un rire franchement gêné d’un côté, limite effrayé devant l’horreur d’une telle hypothèse; et d’une hilarité se rapprochant de l’hystérie de l’autre, les Alimiturvinietiens se tapant les mains contre les cuisses, hurlant de rire, passant leur bras autour de l’épaule de leur voisin pour essayer de garder leur stabilité…
- hhaaaa hhaaaa… Qu’elle est bonne !
- Et encore, vous ne l’avez pas vu faire le ménage !
Celle-ci venait du Commandant. Lancée avec force. Accompagnée d’un ton jovial qui sonnait incroyablement vrai malgré la nullité affolante de la blague. Le résultat n’en fut pas moins la chute d’un des Alimiturvinietiens de sa chaise entrainant trois de ses compères de pochade dans sa chute tant son rire lui faisait perdre le contrôle.
- MWHAHAHAHAHA !! Excellente ! Proprement Excellente ! Hihihihihihi !! Hahahahaha !! Hoooo… hooo… fiou. Parlons un peu de cette guerre…
Deux heures de fou rire Alimiturvinietien plus tard :
- Et là, la navette a explosé. Et j’ai reçu le bras de mon pilote dans la tête. Juste le bras, hein !
- Et il croyait avoir le bras long, avant !
Encore une fois le Commandant fit mouche. Il était maintenant assis au milieu des Alimiturvinietiens, ne donnant même pas l’impression de soutenir la cause de son capitaine, l’enfonçant régulièrement si ça pouvait faire un semblant de blague. Et ces derniers en pleuraient de rire depuis deux heures. Pour la première fois de sa vie, le Capitaine trouvait que son équipage de boulets lui était utile, les tares de ces derniers amusant incroyablement les Cistudiens déjà pas bien difficiles en humour en temps normal, alors si en plus on leur proposait des histoires vraiment comiques, les choses allaient toutes seules. Il fit d’ailleurs sensation quand, imitant son assaut du vaisseau mère cistudien lors de la première (et avant dernière) bataille, assis sur le bureau, à califourchon, ce dernier faisant office de faux missile il lança après avoir rapporté la conversation des cistudiens :
- C’EST TOI APPAREMMENT !
- HYAHAHAHAHA !!! Quel génie ! MWAHAHAHA HIHIHI !!
- Qui gémit ?
- OUHAHAHAHAHA !! Bravo Mathéo ! Fantastique ! Oh crénom ! Je pleure encore ! HAHAHA
Les Cistudiens de leur côté se forçaient à rire, mais étaient bien incapables de faire des blagues, même mauvaises et’entendre le récit de leurs défaites émaillées de blagues pitoyables ne le rendait pas plus agréable. En particulier, les passages où ils servaient de repas…
L’audience dura encore deux bonnes heures. Finalement, sans même prendre le temps de réfléchir les Alimiturvinietiens donnèrent leur verdict :
Pour commencer, le conseil Alimiturvinietien tient à offrir un présent au Capitaine Ten…Pfffrrrr huhuhuhu… HAHAHAH ! !! MOUHAHAHAHAHA !!!
- On bé-bégaie ?
- Je ne pense pas qu’on puisse dire d’un bébé qu’il est gay…
Le Commandant. Encore. Et l’hilarité. Evidemment.
- Je disais donc… un présent ! Et pas n’importe quel présent ! Fabriquée spécialement dans la manufactures de nos plus grands industriels, conçue pour la plus grande maniabilité et le plus grand confort, j’ai la fierté de vos offrir, Aristide Ten, UNE MANIFIQUE LAISSE ! Avec elle, vous pourrez promener votre Gauthier sans qu’il ne souille ses vêtements de sang ! Et pour un crédit symbolique, vous pouvez recevoir sous deux journées galactiques une muselière assortie !
Cette fois toute la salle explosa de rire. Kae Tebris, très fier de son effet, n’en était pas moins lui aussi en pleurs. Il s’avança vers le Capitaine et lui donna la laisse de l’air le plus solennel possible à moitié secoué par les rires.
Il fut ensuite question des modalités de paix et les Cistudiens pensant ne pas avoir le choix devant l’amitié certaine que les Alimiturvinietiens semblaient porter au Commandant humain et la nouvelle dérouillée honteuse qu’ils avaient pris trois jours auparavant, signèrent avec empressement l’accord que leur tendirent les membres du Super SpaceShip. Accord qui mettait purement et simplement l’Empire Cistudien sous l’égide du Super SpaceShip. Il ne leur demandait aucun impôt, juste une participation à l’effort de guerre en cas de conflit, l’établissement de voies économiques et bien sûr la possibilité pour tout humain de s’installer sur Cistude. Personne n’envisagea jamais de s’installer sur Cistude, mais cette condition sera expliquée dans le futur car elle a son importance.
Alors que les Cistudiens signaient, les Alimiturvinietiens étaient toujours hilares devant ces tortues énormes se soumettant si facilement pour avoir été mis face à des éléments qu’ils maitrisaient moins que leurs ennemis. Ils finirent enfin par se lasser de rire, car toute espèce finit par voir ses besoins temporairement satisfaits. C’était le cas des Alimiturvinietiens quand le Commandant vint les trouver :
- Vous n’aviez pas la moindre intention de forcer qui que ce soit à faire quoi ce soit, n’est ce pas ?
- En effet. Vous avez fini par comprendre comment nous fonctionnons. Rien de sert de se disperser dans des actions pour rétablir la justice. Nous avons tenté cela quand nous étions une jeune espèce, mais nous sommes parvenus à la conclusion…
- Que la justice n’existe pas. Et qu’aucune conception de la justice ne peut s’imposer par la volonté d’un seul protagoniste de l’histoire.
- Vous n’êtes pas loin Commandant. Mais ce n’est pas tout à fait cela. Continuez à y réfléchir. Et continuez à nous distraire. Vous êtes indéniablement un de nos animateurs favori. Et c’était un plaisir de vous voir manipuler ainsi ces grosses brutes.
- C’est ce que je fais de mieux !
- La question étant y arriverez-vous sur nous ?
- HAHAHAHAHA !!! Ne me parlez pas de terreur !
- Vous êtes pourtant terrien !
Le goût du rire était (déjà) revenu aux Alimiturvinietiens. Et de nouveau, ils hurlèrent de rire blagues après blagues devant un Thôt dont la fatigue nerveuse avait atteint un point jamais atteint, devant un Capitaine qui avait décidé de foutre au trou quiconque osant ne serait ce qu’un sourire durant la semaine qui suivrait sur le Super SpaceShip, devant un commandant usé jusqu’à la moelle, près à craquer psychologiquement et commençant à vraiment trouver les blagues des Alimiturvinietiens irrésistibles, « sûr, pensa-t-il, que je ne suis pas près de manipuler ceux là », devant des Cistudiens cherchant à partir le plus rapidement possible sans paraitre impolis et réfrénant leur instinct de meurtre, sachant qu’aucun Alimiturvinietien n’avait été tué en plus de dix milles ans et sachant que Gauthier, devenu une légende parmi les Cistudiens sous le nom du « Massacreur cuisinier », était dans la salle à côté prêt à intervenir en cas de réactions trop vives de leur part.
Les Alimiturvinietiens mirent fin à l’attente de tout le monde, leur émission comique favorite étant sur le point de débuter et quittèrent la sale, alertes, sifflotant et chantonnant, riants aux éclats quand ils passèrent la porte, rire qui continua à se faire entendre quelques secondes avant de finalement disparaitre, victime des lois de la physique.
De leur côté les personnes présentes dans la salle soupirèrent – pour la majorité très bruyamment – sans même le réaliser. Personne ne quitta la salle avant quelques minutes, tant les heures passées avaient été à la fois intenses et d’un ennui ahurissant. Puis chacun rejoint son vaisseau.
Sur le chemin, Thôt décida de couper court au silence :
- Capitaine Ten… euh… Pfffrrrr Mhahaha ! Oh non !
- Oui Thôt-thôt…
- Pffffrrr
- Non, ne me faites pas rire ! Commandant !
- Mais Capitaine : Thôt Thôt… Pfffrr ! Tototte ! HIA HAHAHA MOUHAHAHA !!
Et le Capitaine et Thôt de s’esclaffer à leur tour devant cette si mauvaise blague, laissant la pression s’échapper tout en s’écroulant au sol, roulant sur le dos en riant bruyamment, se tapant les cuisses, le sol ou le mur.
Les cistudiens devant cette scène furent terrifiés au delà de toute imagination. Voilà des êtres qui riaient avec les êtres les plus puissants de la galaxie, alors que ces derniers étaient aussi les comiques les plus insatiables de l’univers et qui trouvaient encore le moyen de prolonger ce qui pour eux avait été la pire des tortures une fois le supplice terminé. Les humains étaient cinglés, cela ne faisait aucun doute. Et ils décidèrent que se soumettre totalement à leur autorité était le choix le plus sensé.
C’est ainsi que Thôt rencontra les Alimiturvinietiens. C’est ainsi que le Capitaine avait atteint son but d’agrandir la zone d’influence de l’humanité et plus particulièrement sa zone d’influence. C’est ainsi que le Commandant avait trouvé plus fort que lui dans ces petits êtres chétifs (mais aux abdominaux en bêton) et à l’hilarité envahissante. Tous pris de convulsions au sol, riant nerveusement.
Mais bon faut avouer que tototte, forcément…
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